L’eau manque, et celle qui reste est souvent polluée
La rareté de l’eau est l’un des défis majeurs de l’agriculture. Le changement climatique, la croissance démographique et la pression sur les écosystèmes l’aggravent. Au Maroc, la sécheresse compromet la sécurité alimentaire, la stabilité socio-économique et l’environnement.
Sa Majesté le Roi Mohammed VI a appelé à des solutions innovantes pour réduire la dépendance aux ressources conventionnelles. La réutilisation sécurisée des eaux usées traitées en irrigation est l’une de ces pistes.
Près de Marrakech, l’Oued Tensift reçoit les effluents acides et chargés en métaux de la mine de Draa Lasfar, à 13 km au nord-ouest de la ville. Ces éléments traces métalliques passent ensuite dans les sols, les cultures et l’organisme des riverains.
Trois axes intégrés
L’originalité du projet tient à l’association de trois dimensions : un traitement écologique, un suivi numérique intelligent et une énergie propre. Le résultat vise une solution durable, reproductible et transférable à d’autres sites.
Filtration lente sur sable
Une technologie éprouvée, écologique et peu coûteuse, qui réduit la charge microbienne, organique et métallique de l’eau. Modélisée sous MATLAB pour prédire ses performances.
Achevé · validéCapteurs, IoT et IA
Des capteurs connectés, un réseau LoRaWAN et des modèles d’intelligence artificielle embarqués suivent la qualité de l’eau en temps réel et pilotent l’irrigation.
Logiciel prêt · matériel partielAlimentation solaire autonome
Une chaîne photovoltaïque alimente la station, les capteurs et la transmission des données, 24 h sur 24, sur un site isolé et sans empreinte carbone.
Conçu · en attente de matérielRetenir les métaux dans le sable
Les campagnes de prélèvement sur l’Oued Tensift, en amont (TRWB) et en aval (TRWA) du rejet minier (MW), confirment une contamination qui dépasse largement les normes sanitaires et d’irrigation.
Concentrations moyennes en éléments traces métalliques
| Station | Plomb (Pb) | Zinc (Zn) | Cuivre (Cu) | Cadmium (Cd) |
|---|---|---|---|---|
| Amont (TRWB) | 131,9 ± 18,0 | 529,9 ± 31,9 | 45,9 ± 6,5 | 3,4 ± 0,8 |
| Effluent minier (MW) | 455,7 ± 72,5 | 1 012,4 ± 85,1 | 88,3 ± 12,1 | 6,1 ± 1,4 |
| Aval (TRWA) | 314,9 ± 42,9 | 797,1 ± 26,9 | 66,9 ± 6,0 | 4,2 ± 1,2 |
Taux d’élimination par métal
Sélectivité d’adsorption du sable. L’abattement augmente quand le débit diminue (6 ; 10,1 ; 20 mL/min), car l’eau reste plus longtemps dans la matrice poreuse.
Effet de la vitesse d’infiltration sur le plomb
Le point de percée est fortement retardé. La concentration résiduelle en Pb reste sous le seuil critique de 100 µg/L pendant plus de 200 min.
Les forces hydrauliques dominent. Les sites d’adsorption saturent rapidement.
Hauteur 10 cm, diamètre 10 cm, porosité 0,43. Fraction fine prédominante : 67,9 à 68,3 % de refus à la maille de 0,15 mm.
Modèle Généralisé de Richards (GRM)
Paramètres optimisés pour le plomb. Le modèle reproduit la dissymétrie des fronts de saturation et sert de jumeau numérique pour anticiper le comportement du filtre.
Une eau adaptée à chaque culture
Abattement supérieur à 90 % pour ces cultures sensibles au plomb et au cadmium. Le risque phytotoxique et sanitaire est éliminé.
Le plomb est retenu, tandis que le zinc et le cuivre passent. Ces oligo-éléments restent disponibles pour la plante.
Une station qui mesure, décide et agit
Le banc d’essai est équipé de capteurs intelligents. Des modèles d’IA embarqués anticipent le point de percée du filtre et règlent automatiquement le débit d’irrigation.
Matériel commandé
Logiciel
Modèles d’apprentissage et d’analyse d’images programmés pour les Jetson déjà reçus. Les données du site pilote sont traitées localement.
Bus d’acquisition et scripts de communication RS485 / Modbus RTU et LoRaWAN.
Modèles MATLAB / Python qui évaluent la qualité de l’eau, anticipent la percée du filtre et régulent le flux d’irrigation.
Une station autonome, jour et nuit
Le bilan couvre la pompe de mise en pression du goutte-à-goutte, le calcul Edge AI, le réseau LoRaWAN, les nœuds capteurs et les vannes. Il est calculé pour le mois le moins ensoleillé, afin que la station reste alimentée toute l’année sur site isolé.
Bilan énergétique journalier
| Poste | Puissance | Fonctionnement | Wh/jour | Part |
|---|---|---|---|---|
| 1 Jetson Orin Nano (carte, SSD, ventilateur) | ≈ 12 W | continu, mode 15 W | 288 | |
| 8 nœuds T-Beam V1.1 + ENS160 / AHT21 | 8 × 0,7 W | continu | 134 | |
| 1 passerelle LoRaWAN | ≈ 5 W | continu | 120 | |
| Pompe 12 V + ballon (goutte-à-goutte) | ≈ 90 W | par cycles, ≈ 320 L/jour à 2,5 bar | ≈ 60 | |
| 8 vannes à bille motorisées | 8 × 6 W | ≈ 10 manœuvres de 10 s par jour | ≈ 2 | |
| Sous-total des charges | ≈ 605 | |||
| Avec pertes des convertisseurs et de la batterie (+ 15 %) | ≈ 695 | |||
Pompage et mise en pression du goutte-à-goutte
- Filtre à sableeau traitée
- Réservoireau filtrée
- Pompe 12 Vmembrane · ≈ 8 L/min à 2,5 bar
- Ballon à vessie 50 Lpressostat 1,5 → 2,5 bar
- Filtre à disques120 mesh
- 8 vannesune par zone
- Goutteursautorégulants · 2 L/h
Dimensionnement
Gestion d’énergie embarquée
Filtration, acquisition, calcul Edge AI et transmission LoRaWAN fonctionnent ensemble.
Mise en veille du Jetson, transmissions LoRa espacées. L’irrigation et les fonctions de sécurité des vannes restent actives.
Nœuds capteurs sur le terrain
Une T-Beam éloignée de la station n’est pas reliée à sa batterie. Toujours allumée, elle consomme ≈ 17 Wh/jour, plus que son accu 18650 (≈ 12 Wh). Chaque nœud reçoit donc un panneau de 5 à 10 W. En veille profonde avec réveil toutes les 5 à 10 min, sa consommation tombe à 1 ou 2 Wh/jour et un panneau de 1 à 2 W suffit.
Où en est le projet
La modélisation et le logiciel sont terminés. La phase expérimentale sur site attend la livraison du reste du matériel.
6 articles publiés ou acceptés. Modèle GRM validé sous MATLAB.
Algorithmes et scripts prêts. Jetson livrés, capteurs de sol en cours de livraison, passerelles, cartes LoRa, capteurs d’air et vannes en attente.
Bilan de puissance, dimensionnement PV, schémas électriques et code de gestion d’énergie finalisés. Installation dès réception des équipements.
Budget
Montant engagé : 60 861,60 DH TTC. 67,1 % de ce montant correspond à du matériel pas encore livré.
Prochaines étapes
- Câbler les Jetson aux capteurs de sol RS485, aux modules ENS160 + AHT21 et aux vannes électriques.
- Déployer le réseau LoRaWAN avec les cartes T-Beam pour transmettre les données d’irrigation à distance.
- Coupler l’alimentation photovoltaïque et lancer les essais d’irrigation intelligente sur parcelles expérimentales.
Publications
Articles parus dans des revues internationales à comité de lecture, qui fondent et prolongent les travaux de l’Axe 1.
- 2025Modeling as a New Tool to Predict Slow Sand Filtration Efficiency to Remove Pb from Contaminated Water: Water Velocity EffectBarkouch, Y., Flata, E., Sana, A., Alain, B.Pollution, 11(1), 15–27
- 2024Generalized Richards model of slow sand filtration to remove lead pollutant from polluted waters: study of velocity effectElhaya, A., El Fadeli, S., Abbassi, M., Erraji, M., Barkouch, Y.Desalination and Water Treatment, 318, 100245
- 2024A Modeling Approach to Study the Water Inlet Flow Effect on Slow Sand Filtration Removal of Metallic Pollutants in Unsafe WaterBarkouch, Y., Ait Melloul, A., Flata, K., El Fadeli, S., El Abbassi, A., Pineau, A.Jordan Journal of Earth and Environmental Sciences, 15
- 2024Removal process of cadmium from unsafe water by slow sand filtration: study of water feed flow rate effectElhaya, N., El Fadeli, S., Erraji, E., Barkouch, Y.Euro-Mediterranean Journal for Environmental Integration, 9, 2089–2094
- 2023Modeling slow sand filtration for sustainable safe wastewater reuse in agriculture in Draa Sfar mine region (Marrakech, Morocco)Ait Melloul, A., Flata, K., El Fadeli, S., El Abbassi, A., Pineau, A., Barkouch, Y.Desalination and Water Treatment, 315, 280–286